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Stefan Zweig (1881-1942) : l'écrivain-collectionneur

ZweigLe célèbre écrivain autrichien, poète, traducteur, nouvelliste..., fut aussi un grand collectionneur de manuscrits et de lettres autographes. Il publia à plusieurs reprises sur sa collection qu'il débuta adolescent. Celle-ci aurait compté près de mille numéros (991 relève-t-on parfois) recouvrant les domaines de la littérature, de l'histoire, des sciences, et de l'art, avec une préférence marquée pour la littérature et la musique.

Stefan Zweig se fournissait dans les maisons de vente ou dans les librairies spécialisées. Il n'aura eu de cesse de vendre et d'acheter des pièces pour un "work in progress" éternellement inachevé. Il acheta en 1914, à l'hôtel Drouot, les poèmes de Rimbaud écrits à Douai lorsque ce dernier avait 16 ans. Il collectionnait les auteurs qu'il vénérait dans le but de comprendre l'acte créateur. Chaque page devait apporter un élément d'explication à une oeuvre. Aussi, ses préférences le portaient moins aux lettres qu'aux fragments, brouillons, esquisses, afin, comme il l'écrivit  : "posséder des hommes immortels dans la relique de leur manuscrit".

Dans une lettre du 18 février 1898 adressée à l'écrivain Emil Franzos (1848-1904), directeur de la revue Die Zukunft dans laquelle Zweig publia son premier poème, il précise : "En outre, me fondant sur votre grande réputation de collectionneur de manuscrits, qui rivalisera bientôt avec votre gloire de poète, je me permets de mettre à votre disposition quelques lettres assez intéressantes. Elles n'ont guère de valeur pour moi : je ne collectionne que les manuscrits et les originaux de poèmes. Je vous les confierais volontiers, car il me serait agréable de vous manifester ne serait-ce qu'une infime partie de ma gratitude : vos oeuvres m'ont procuré tant de moments agréables ! ". ( in Stefan Zweig : Correspondace, tome I, 1887-1919, Grasset).

Il avait même pensé léguer sa collection à un institut (non à un musée) afin qu'elle soit continuellement améliorée et complétée.

Sa collection le suivit presque partout. En 1907, lorsqu'il emménagea dans un nouvel appartement à Vienne, il fit mettre sous verre le manuscrit du Mailied (Chant de mai, 1771) de Goethe et sur le mur opposé un autographe de William Blake. Il en offrait également en cadeau : un manuscrit de Mozart à Margareta Wallmann (directrice et metteur en scène de l'opéra national d'Autriche) ou un poème de Goethe à Thomas Mann pour son 70e anniversaire.

Alors qu'il considérait sa collection comme une oeuvre d'art qui lui survivrait plus que ses propres livres, Zweig se décida à vendre directement une grande partie de ses manuscrits en 1933 lors de son départ d'Autriche. Des travaux ont été effectués pour la reconstituer, au moins sur catalogue, à l'état où elle était à cette date (Oliver Matuschek : Stefan Zweigs Aufsätze über das Sammeln von Handschriften). Le reste de sa collection fut de nouveau donnée ou vendue par ses héritiers après son suicide en 1942. Les deux principaux lieux de conservation sont la Fondation Bodmer (Cologny, Suisse) et la British Library à Londres où l'écrivain se fixa au début des années trente. Les héritiers de l'écrivain firent don d'un prestigieux ensemble d'autographes musicaux en mai 1986 à l'institution britannique.

On a dit que Stefan Zweig possédait la plus grande collection européenne d'autographes d'écrivains et musiciens. Citons quelques pièces : une page des Cahiers de Leonard de Vinci ; le manuscrit des Origines de la tragédie de Nietzsche (version inédite pour Cosima Wagner, seconde femme de Wagner) ; un roman de Balzac ; plusieurs pièces de Goethe dont son dernier poème écrit à 82 ans ; une page in folio du Faust ; le manuscrit des Onze chants tziganes de Brahms ; le manuscrit de la Barcarolle de Chopin ; L'Air de Chérubin du Mariage de Figaro de Mozart ; le lied Le Baiser (Der Kuss) de Beethoven...

Faisant partie intégrante de sa collection, n'oublions pas de mentionner les 4 000 catalogues d'autographes relatifs au marché du manuscrit (librairies, maison de vente), précieuses archives qui sont en partie à Marbach (Centre des Archives littéraires allemandes) et à Berlin (maison de vente Stargardt).

C.D.