Lettres et manuscrits : entre passion et raison
L’écrit fait... parler. Depuis peu, la presse grand public se fait régulièrement l’écho du marché des lettres et des manuscrits. Elle pointe les très bons prix obtenus, principalement aux enchères, pour des pièces manuscrites de Lincoln, Napoléon, Darwin, Brel...
Ainsi, tout récemment, une correspondance d’Hergé, le célèbre créateur de Tintin, composée de 136 lettres inédites, s’est vendue 111 528 euros (Artcurial, 21 novembre). Et que dire des 84 909 euros pour une lettre autographe signée du peintre Paul Gauguin à son confrère Camille Pissarro (Étude Galateau, 16 novembre) ? Nous sommes certainement très loin des prix, parfois ahurissants, rencontrés sur le marché de l’art contemporain. Encore que..., l’année 2008 aura été marquée par le prix exceptionnel du manuscrit du Manifeste du surréalisme (1924) d’André Breton : 3,6 millions d’euros (Sotheby’s Paris, 21 mai). Tendance, tendance...

Lettre de Marie-Antoinette estimée 12 000 /15 000 euros, vendue 24 784 euros par l’étude Piasa (20 novembre 2008, Paris).
L’écrit témoigne
Collectionneurs chevronnés, simples particuliers, mais aussi musées par la voie de la préemption, tous se montrent avides pour collectionner les traces écrites de notre histoire. Car l’écrit, valeur originale, témoigne : le général ou l’homme politique dans ses courriers, le scientifique établissant ses théories ou partageant ses doutes, l’écrivain correspondant avec sa muse. Dans la plupart des cas, les documents historiques ne se déprécieront pas, de même que les pièces musicales. C’est la principale raison pour laquelle ils sont très recherchés par les collectionneurs soucieux tant de la qualité de leurs pièces que de leurs investissements.
La démarche qualité
La valeur d’un document écrit est étroitement liée à son contenu qui le rend de ce fait unique. Il explique en partie les 24 700 euros obtenus aux enchères par cette lettre de Pierre Curie à propos de ses recherches, avec sa femme, sur la radioactivité ; un document qui viendra nourrir l’histoire des sciences (Artcurial, 24 novembre).
La demande est naturellement un facteur déterminant de la valeur. Bien qu’ayant écrit et le plus souvent simplement signé, près de 33 000 lettres, Napoléon reste une valeur «star» très demandée sur le marché et ce, depuis des dizaines et des dizaines d’années. La rareté crée, bien sûr, de la valeur, à condition qu’elle soit accompagnée d’une demande existante qui était au rendez-vous pour débourser 177 944 euros pour la dernière lettre de Ludwig von Beethoven à l’archiduc Rodolphe, son protecteur (Delorme & Collin du Bocage, 14 novembre) ou les 24 784 euros pour cette lettre de Marie-Antoinette pourtant estimée 12 000 /15 000 euros (Piasa, 20 novembre 2008, cf Illustration ci-dessus).
Les répercussions de la crise financière ? Le marché, à travers les deux foires du livre ancien de Francfort et de Boston en octobre et novembre derniers - soit en pleine tempête boursière -, n’a apparemment pas montré de signes de faiblesse dans les gammes de prix au-dessus des 5 000/10 000 euros. Crise ou pas crise, les collectionneurs sont toujours insatiables pour des produits de haute qualité ! Ils en ont vue d’autres...
Philippe Fontana
Expert de la société Artecosa
Article paru dans Patrimoine & Marchés. Panorama graphique et statistique des marchés financiers et du patrimoine – Décembre 2008.



