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de tout document écrit original

Concepts de base

Les éléments servant à décrire les pièces autographes ont été peu à peu mis en forme par les libraires. L’apparition de marchands spécialisés exclusivement dans la vente d’autographes a permis une certaine standardisation des appellations. Quatre principales caractéristiques sont au centre de toute démarche relative au domaine de la collection de documents écrits. Elles se rapportent à la nature ou au type de document. Est-ce d’abord un document écrit ou imprimé ? Est-il écrit de la main de l’auteur ? De quel type de document s’agit-il : d’une lettre, d’un manuscrit ou d’un autre type de pièce ? La pièce en question est-elle signée ? Combinés entre eux, ces critères sont développés ci-après.

Autographe

C’est le terme central de toute collection d’autographes. En tant que nom, il désigne un texte écrit de la main de l’auteur : une collection d’autographes. En tant qu’adjectif, il sert à qualifie le document, c’est-à-dire écrit de la main de l’auteur. L’écriture peut avoir été faite à la plume, au stylo, au crayon, avec de la peinture… Le support de l’autographe peut être une lettre, un document, un manuscrit, une portée musicale, une carte…

Manuscrit

Du latin manu scriptus, le terme signifie : « écrit à la main » et se définit principalement par son opposition à la chose imprimée. Employé comme nom, un « manuscrit » désigne une œuvre originale de la main de l’auteur. Il peut également désigner dans le langage de l’édition un texte original dactylographié (tapuscrit). En matière d’œuvre littéraire, le souci de conservation des manuscrits (en tant qu’objet de collection), de recherche et de mémoire, est allé de pair avec la reconnaissance du statut de l’auteur. « L’histoire de leur conservation depuis le Moyen Âge est donc aussi celle de la reconnaissance de l’écrivain, culminant à l’époque romantique avec la consécration de tout ce qui désormais porte la marque de sa main », précise la Bibliothèque nationale sur le site de son exposition en ligne « Brouillons d’écrivains ». C’est donc à partir du XVIIIe siècle que nombre d’écrivains ont commencé à conserver leurs archives pour la postérité. Pour voir l’exposition de la Bibliothèque nationale : http://expositions.bnf.fr/brouillons/index.htmhttp://expositions.bnf.fr/brouillons/index.htm

Signature

Elle est habituellement définie comme l’inscription qu’une personne fait de son nom (sous une forme particulière et constante) pour affirmer l’exactitude, la sincérité d’un écrit ou en assumer la responsabilité.

Le rapport à l’original

L’original est un mot appartenant à la bibliophilie. Ainsi parle-t-on d’édition originale pour la première publication d’un ouvrage sous le contrôle de l’auteur. En matière de philologie et d’histoire des textes, l’original est le texte remontant à l’auteur qu’il soit écrit ou non de sa main. Ce qui, parfois, n’est pas simple à déterminer. Pour le collectionneur d’autographe, la notion d’originalité se confond également avec celle d’unique - par définition un autographe est unique.

Le rapport à l’imprimé

Avec l’apparition du livre imprimé, la frontière entre ce qui a été manuscrit puis imprimé crée un espace pour les collectionneurs : rechercher le texte manuscrit corrigé par l’auteur ou les épreuves imprimées corrigées par l’auteur. Ainsi, il ne reste pour les Fleurs du mal de Baudelaire, que les épreuves corrigées. Les différentes versions manuscrites d’un même ouvrage peuvent compliquer la donne. Le cas de l’envoi autographe signé est simple : il s’agit d’une dédicace ou annotation autographe signée en tête d’un livre dont les plus recherchés sont les éditions originales.

La genèse d’une œuvre

Lorsqu’il s’agira pour lui de remonter dans la genèse d’un texte généralement imprimé, le collectionneur d’autographes ira à la recherche du brouillon, des épreuves et de l’original d’un texte définitif. Dans sa quête, il se trouvera certainement en face de deux types de corrections :

 - les corrections d’auteur qui relèvent d’additions ou de suppressions.

- les corrections d’imprimerie relatives aux erreurs matérielles sur les épreuves imprimées. Celles-ci relèvent donc du rapport à l’imprimé.

- Épreuves (et placards) Les épreuves sont les premières pages imprimées d’un texte qui seront revues et corrigées par l’auteur. Plusieurs épreuves peuvent se succéder. Les placards d’imprimerie sont des grandes feuilles imposées pour l’impression regroupant 4, 8 ou 12 pages imprimées.

Parfois le collectionneur ne trouvera aucun texte manuscrit, comme dans le cas de Calvin pour lequel aucune copie autographe d’un ouvrage imprimé n’est connue. Par contre les lettres autographes ou rédigées sous sa dictée existent.

La copie

Historiquement, la copie renvoie à l’histoire des manuscrits et des moines copistes, lorsque les manuscrits désignaient des livres avant l’imprimerie. Ainsi, nombre d’œuvres ne sont connues que par des copies non autographes. Il peut alors s’agir d’exemplaires manuscrits copiés avant leur publication imprimée ou d’exemplaires copiés d’après la version imprimée après une interdiction de publication. La copie peut être également autographe, se rapprochant ainsi étroitement du manuscrit original.

Rameau : copies, éditions et… manuscrit original !

L’Histoire de l’édition « originale » du Neveu de Rameau, un des chefs d’œuvre de la littérature française écrit par Denis Diderot entre 1762 et 1773, est particulièrement rocambolesque. Le manuscrit autographe original destiné à une publication posthume disparaît pendant plus d’un siècle sans qu’on puisse en retrouver la trace. Entre temps, c’est d’après une copie trouvée à Weimar que fut édité, pour la première fois, le texte en 1805… en allemand ! (d’après une traduction de Goethe). Et c’est d’après l’allemand, que la première édition française fut publiée par Brière en 1821! Entre 1823 et 1875 parurent plusieurs éditions d’après d’autres copies… L’une en 1823 à partir d’une copie remise par la fille de Diderot, Mme de Vandeuil, l’autre vers 1875 à partir des manuscrits achetés à Diderot par Catherine II. Mais c’est en 1890, que le bibliothécaire Georges Monval fit la miraculeuse découverte du manuscrit original chez… un bouquiniste dans un recueil d’une collection de 300 volumes de tragédies. Voici ce qu’en écrivit G. Monval : « Dans le tome 126, qui porte au dos, outre son numéro, ce seul titre « Tragédies », se trouvent relié un manuscrit d’une écriture « fine, acérée, symétrique », celle à n’en pas douter de Diderot, et qui par la comparaison avec les lettres datées paraît appartenir à la période de 1774 à 1777 (…) C’est une bonne « mise au net » définitive, faite par l’auteur lui-même et destinée sans doute à être transcrite par un copiste de profession (…) Le mot « copié » qu’on lit en marge du premier feuillet, montre que nous possédons la minute originale sur laquelle ont été faites les quelques copies distribuées aux amis de l’auteur ». Extrait de l’introduction (par Georges Monval, archiviste bibliothécaire de la Comédie-Française) à l’édition de 1891 (Plon éd.).

La copie peut également s’appliquer aux lettres. L’importance et la valeur de ces traces écrites varient en fonction du siècle, de l’auteur et de l’importance de la copie dans la genèse de l’œuvre ou de l’objet de la lettre.